Karine Peschard
Domingo, 26 de Março de 2006
Les discussions ont pris un tour inattendu ce matin : à la reprise des travaux, le président d’assemblée a annoncé qu’il y avait consensus autour de la proposition de l’Union Européenne d’abandonner la recommandation 2b concernant « l’évaluation des risques au cas par cas ». Le moratoire est donc maintenu, et même renforcé puisqu’il est spécifié que les recherches doivent être poursuivies « dans les limites du mandat de la Décision V/5 » (qui recommande aux Parties de ne pas approuver les essais en champ et la commercialisation des TRURG, et qui tient lieu de moratoire de facto).
C’est une victoire pour les agriculteurs, pour les peuples autochtones et pour la société civile. Et une défaite cuisante pour les gouvernements qui appuyaient la recommandation 2b.
Nous n’en savons pas plus sur la « non-position » (c.-à-d. « n’appuie ni n’oppose les TRURG »?!) du Canada puisque celui-ci n’a pas pris la parole en plénière comme prévu. Nous ne savons pas ce qui s’est dit dans les corridors dans la nuit de jeudi à vendredi, mais une chose est sure : le momentum créé au cours des derniers jours - à travers les manifestations presque quotidienne de la Via Campesina, qui formait un couloir pour ‘accueillir’ les délégués à leur arrivée au centre de convention; les conférences de presse; les insignes du ‘semeur macabre’ que de nombreux délégués arboraient; l’action silencieuse des femmes de Via Campesina pendant la réunion du groupe de travail, etc. - tout cela a fait en sorte qu’il soit difficile politiquement pour le Quad (Canada, Nouvelle Zélande, Australie, États-Unis) d’imposer la recommandation 2b.
Un retournement d’ici la fin de la convention n’est pas impossible, quoique improbable. Le texte final doit encore être adopté en plénière, et il est toujours possible que la déclaration ministérielle réintroduise l’idée de l’évaluation des risques au cas par cas ou autre langage contentieux, ce qui ne modifierait pas le texte comme tel, mais aurait des implications politiques pour la suite des choses.
En somme, nous avons gagné une bataille mais pas la guerre. Les TRURG sont trop profitables pour l’industrie pour qu’elle abandonne si facilement, et on doit s’attendre à ce qu’elle revienne à la charge d’une façon ou d’une autre. Le moratoire est imparfait et fragile, d’où l’importance désormais de faire pression pour l’interdiction de ces technologies au niveau national, comme l’ont déjà fait le Brésil et l’Inde. Il faut donc rester vigilant. N’empêche que c’est une belle victoire…